La loi du 31 mai 2024 apporte une modification importante à l’article 265 du Code civil en matière d’avantages matrimoniaux. Désormais, les époux peuvent prévoir, dès la signature de leur contrat de mariage, le maintien irrévocable des avantages matrimoniaux même en cas de divorce. Ce changement législatif vise à renforcer la sécurité juridique des époux en évitant les incertitudes liées à la révocation automatique de ces avantages lors de la dissolution du mariage.
Deux intérêts majeurs émergent de cette réforme : la consolidation du régime de la participation aux acquêts et le renforcement des clauses d’absence de récompenses pour favoriser la mise en communauté de certains biens. Décryptage de ces nouvelles dispositions.
I. Vers une recrudescence du régime de la participation aux acquêts ?
Le régime de la participation aux acquêts, bien que souvent plébiscité pour son équilibre entre indépendance patrimoniale et partage des enrichissements, souffrait d’une insécurité juridique liée aux biens professionnels. En effet, dans ce régime, la prise en compte ou l’exclusion des biens professionnels pour le calcul de la créance de restitution pouvait avoir des conséquences financières lourdes pour l’époux concerné.
Avant la réforme, une clause excluant ces biens était considérée comme un avantage matrimonial révocable en cas de divorce. La Cour de cassation, par un arrêt du 18 décembre 2019 (Civ 1, 18-26.337), avait confirmé cette interprétation, renforçant ainsi l’insécurité des époux exerçant une activité professionnelle.
Avec la nouvelle rédaction de l’article 265, les époux peuvent désormais prévoir, dès la signature du contrat de mariage, une clause excluant définitivement les biens professionnels du calcul de la créance de restitution, et ce, quelle que soit la cause de dissolution du régime. Ce changement pourrait redonner ses lettres de noblesse à la participation aux acquêts, offrant une stabilité juridique et économique accrues aux entrepreneurs et professionnels libéraux.
II. Une consolidation des clauses de mise en communauté
L’un des enjeux majeurs de cette réforme réside dans le renforcement des clauses d’absence de récompenses. En effet, de nombreux couples choisissent d’intégrer certains biens propres à la communauté, soit par l’adjonction d’une société d’acquêts à un régime de séparation de biens, soit par l’adoption d’un régime de communauté universelle.
Jusqu’à présent, ces clauses d’absence de récompenses étaient fragilisées par le fait qu’elles étaient assimilées à des avantages matrimoniaux pouvant être révoqués en cas de divorce. Désormais, la loi permet aux époux de rendre ces clauses définitives dès la conclusion du contrat de mariage, supprimant ainsi toute incertitude quant à leur validité future.
Ce renforcement est essentiel pour les couples souhaitant préserver la mise en communauté de certains actifs sans risquer une remise en cause lors d’une éventuelle séparation. Il permet également d’éviter des conflits financiers et patrimoniaux complexes au moment de la dissolution du régime.
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La modification de l’article 265 du Code civil constitue une avancée majeure en matière de sécurisation des avantages matrimoniaux. En offrant aux époux la possibilité de préserver dès le contrat de mariage certaines clauses, elle renforce la stabilité juridique et économique des régimes matrimoniaux.
Toutefois, cette décision ne doit pas être prise à la légère. L’irrévocabilité de ces clauses impose aux époux une réflexion approfondie et un accompagnement par des professionnels du droit, notamment les experts-comptables. Ces derniers jouent un rôle crucial en s’assurant que les époux comprennent pleinement les implications de leurs choix.
Ainsi, cette réforme devrait inciter de nombreux couples à réévaluer leur régime matrimonial et à adapter leurs contrats pour bénéficier d’une protection accrue de leur patrimoine.