Prendre rendez-vous avec un expert

Droit des sociétés

Révocation du dirigeant de SAS sans juste motif : jusqu’où peut aller la liberté des associés ?

Les règles de révocation des dirigeants de SAS (président et directeur général), notamment sur la question du juste motif
Bénéficiez d'un accès privilégié aux nouvelles opportunités fiscales à saisir

Notre cabinet met à votre disposition des analyses approfondies sur des sujets stratégiques afin de vous permettre de prendre les bonnes décisions.

Un président de SAS peut-il être révoqué du jour au lendemain ? Faut-il un motif pour mettre fin au mandat du directeur général ? À partir de quand parle-t-on de révocation abusive ? Et que se passe-t-il si les statuts sont silencieux ? De nombreuses questions entourent la révocation du dirigeant de SAS sans juste motif. En effet, si elle est possible, elle obéit à des règles précises. La société par actions simplifiée est réputée pour sa souplesse, mais cette liberté statutaire n’est pas sans limites. Voici ce qu’il faut savoir pour sécuriser, ou contester, une décision de révocation.

 

Qui sont les dirigeants de la SAS ?

La société par actions simplifiée (SAS) doit obligatoirement avoir un président, qui représente la société à l’égard des tiers. Il engage la société, signe les contrats, et assume la direction exécutive. Les statuts définissent précisément l’étendue de ses pouvoirs.

Mais au-delà de cette exigence minimale, la loi laisse aux associés la liberté d’organiser la direction de la société. Les statuts peuvent ainsi prévoir la nomination d’un directeur général, voire de directeurs généraux délégués, auxquels des pouvoirs spécifiques sont confiés.

 

Modalités de révocation du dirigeant de SAS : la liberté des statuts

Dans une SAS, aucun texte légal ne fixe les conditions de révocation des dirigeants. Conformément à l’article L. 227-5 du Code de commerce, les statuts prévoient les conditions dans lesquelles la société est dirigée. En matière de révocation, cela signifie que toutes les modalités (organe compétent, majorité requise, éventuel préavis) sont laissées à la libre appréciation des rédacteurs.

Les statuts peuvent désigner comme autorité compétente l’assemblée des associés, un conseil de surveillance, un comité de direction, ou tout autre organe qu’ils créent. Ils peuvent exiger une majorité qualifiée, imposer un délai entre la convocation et la décision, ou au contraire permettre une révocation sans formalité particulière.

 

Révocation ad nutum ou sur juste motif

Les statuts déterminent les causes de révocation possibles : sur juste motif ou ad nutum.

La révocation sur juste motif des dirigeants de SAS

Les statuts peuvent subordonner la révocation du président ou du directeur général de SAS à l’existence d’un juste motif. Celui-ci peut notamment résulter d’une faute de gestion, de décisions contraires à l’intérêt social, d’un manquement à ses obligations, ou de toute cause visée par les statuts.

La révocation ad nutum des dirigeants de SAS

Les statuts peuvent également prévoir une révocation ad nutum. Cela signifie que le dirigeant est révocable à tout moment, sans avoir à invoquer le moindre motif. En principe, il n’y a alors ni préavis ni indemnité, mais les statuts peuvent prévoir le contraire.

La révocation en cas de silence des statuts

Lorsque les statuts ne précisent pas expressément que la révocation se fait sur juste motif, le dirigeant de SAS est révocable ad nutum. L’exigence d’un juste motif ne se présume pas, elle doit être expressément stipulée. Cette solution s’applique aussi bien à la révocation du président qu’à celle du directeur général de SAS.

Des régimes différents pour le président et le directeur général

Rien n’interdit que les statuts prévoient des régimes distincts : révocation ad nutum pour le président, révocation pour juste motif pour le directeur général, ou l’inverse. Cette souplesse est l’un des atouts de la SAS, mais elle exige une rédaction statutaire précise et réfléchie.

 

La limite : la révocation abusive du dirigeant de SAS

Quelle que soit la règle statutaire, ad nutum ou juste motif, la révocation peut être qualifiée d’abusive si :

  • Elle intervient dans des circonstances brutales ou vexatoires, qui portent atteinte à la réputation, à l’honneur ou à la dignité du dirigeant.
  • Le devoir de loyauté de la société n’est pas respecté : le dirigeant doit être mis en mesure de connaître les motifs de la décision et de présenter ses observations avant que la révocation ne soit prononcée.

 

Concrètement, une révocation décidée en réunion surprise, communiquée aux salariés avant même d’être notifiée à l’intéressé, ou accompagnée de propos dénigrants, sont susceptibles de caractériser une révocation abusive.

Sur ce point, la logique est la même que pour les autres mandataires sociaux, notamment la révocation du gérant de SARL.

 

Les sanctions en cas de révocation sans juste motif ou abusive

Lorsqu’un dirigeant est révoqué sans juste motif alors que les statuts en exigent un, la société peut être condamnée à verser des dommages et intérêts au dirigeant.

Plus globalement, si la révocation est prononcée sans respecter les modalités prévues par les statuts (mauvaise majorité, organe incompétent, préavis ignoré) la sanction est essentiellement indemnitaire. En effet, la nullité de la décision ne peut être demandée que si la loi le prévoit.

Enfin, lorsque la révocation est jugée abusive, le dirigeant peut également obtenir l’indemnisation de son préjudice moral.

 

La révocation du dirigeant de SAS sans juste motif est juridiquement possible, sous réserve des dispositions des statuts. Mais dans tous les cas, une telle décision ne s’improvise pas. Les statuts déterminent qui décide, selon quelle procédure, et avec quelles conséquences. Et quelle que soit la forme retenue, l’obligation de loyauté doit être respectée.

>> L’accompagnement d’un avocat spécialisé en droit des sociétés vous permet de sécuriser la révocation.

Vous avez une question ? Posez là à un expert

Une interrogation ne doit jamais rester sans réponse. Confiez-nous la vôtre : nous vous répondrons rapidement, avec la transparence et la précision qui font notre métier.

Sur la même thématique

Que devient la dette lors du rachat d’une entreprise ? C’est une question fréquente chez...

Nommer un gérant étranger non résident à la tête d’une société française est une situation...

Si les associés disposent d’une large liberté pour révoquer leurs dirigeants, cette prérogative connaît des...